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Dans les coulisses de mon dernier thriller : LE BANC

Entrez dans les coulisses de LE BANC et découvrez comment une simple scène observée depuis une fenêtre devient le point de départ d’un thriller fait de doutes, de fausses pistes et de menaces invisibles. J’y explique la naissance de l’intrigue, la construction d’Élodie, le rôle du Paris de 2020 et cette question qui traverse tout le roman : peut-on toujours faire confiance à ce que l’on croit avoir vu ?

Bruno

9/4/20267 min read

Il suffit parfois de très peu pour faire naître un thriller. Un appartement donnant sur un parc. Une paire de jumelles. Deux inconnus assis sur un banc. Un téléphone dont on parvient, à distance, à lire quelques messages, et soudain, une phrase qui semble signifier qu’un homme va mourir.

C’est autour de cette situation extrêmement simple que s’est construit LE BANC.

Ce qui m’intéressait dès le départ n’était pas seulement de savoir si un meurtre allait réellement être commis. La question qui me paraissait beaucoup plus intéressante était : Que se passerait-il si la seule personne capable de découvrir un crime avant qu’il ait lieu, était précisément quelqu’un que plus personne ne prend vraiment au sérieux ?

C’est ainsi qu’est née Élodie Delcourt.

Une héroïne qui cherche des histoires partout

Élodie possède une imagination débordante. Elle écrit des nouvelles policières, lit des romans criminels, s’intéresse aux affaires non résolues, et passe une partie de son temps à observer les inconnus depuis les fenêtres de son appartement donnant sur le parc Monceau. Quelques gestes aperçus de loin lui suffisent pour imaginer une liaison clandestine, un trafic, une escroquerie ou une conspiration.

Le problème est qu’elle s’est déjà trompée plusieurs fois. Elle a interprété des situations parfaitement innocentes comme les signes d'activités suspectes, et ses initiatives ont parfois provoqué des conséquences suffisamment sérieuses pour exaspérer son mari Thomas, qui travaille dans la police. Celui-ci connaît son imagination, ses emballements et cette tendance à transformer un détail en certitude. Son meilleur ami Julien les connaît également, même s’il se laisse volontiers entraîner dans ses enquêtes improvisées.

Je tenais beaucoup à cette fragilité du personnage, car elle permettait de placer le doute au cœur du roman. Si Élodie avait été une enquêtrice professionnelle, méthodique et irréprochable, la situation aurait été beaucoup plus simple. Elle observe quelque chose de suspect, prévient la police et tout le monde la croit. Mais avec elle, chaque découverte pose une seconde question : A-t-elle réellement compris ce qu’elle vient de voir, ou son imagination est-elle encore en train de construire une histoire à partir de quelques éléments sans rapport entre eux ?

Pour le lecteur, cette incertitude devient progressivement inconfortable. Élodie peut être excessive, agaçante, parfois même imprudente, mais certains indices sont difficiles à ignorer. Dès lors, on se retrouve dans une position assez proche de celle de son entourage, on hésite entre l’envie de lui demander de se calmer et celle de lui dire de continuer.

C’est précisément cette zone de doute que je voulais explorer.

Pourquoi un banc ?

Le titre du roman vient d’un objet d’une banalité absolue. Un banc public n’a, en lui-même, rien de mystérieux. Des inconnus s’y reposent, des couples s’y retrouvent, quelqu’un y consulte son téléphone, ou attend simplement quelques minutes avant de repartir. Des centaines de personnes peuvent passer devant sans même le remarquer. C’est justement ce qui m’intéressait.

Dans LE BANC, cet endroit complètement ordinaire devient le point de bascule entre deux mondes. D’un côté, la vie quotidienne d’Élodie, ses habitudes, son appartement, son travail, son mari et son ami Julien. De l’autre, quelque chose de beaucoup plus inquiétant dont elle n’aperçoit tout d’abord que quelques fragments. Elle ne surprend pas une conversation entière, elle ne voit pas un meurtre, elle ne découvre pas un cadavre, elle lit simplement des messages sur l’écran du téléphone d’une femme assise de l’autre côté du boulevard, et ces quelques phrases suffisent à tout déclencher.

J’aimais beaucoup l’idée qu’un thriller puisse commencer ainsi, sans scène spectaculaire. Le danger ne surgit pas brutalement dans l’existence du personnage, il entre presque silencieusement dans l’histoire, à travers quelques mots aperçus par hasard.

À partir de cet instant, le banc cesse d’être un simple élément du parc. Il devient le lieu où Élodie a vu quelque chose qu’elle n’aurait probablement jamais dû voir.

Faire du doute le véritable moteur du suspense

L’un des plaisirs que je trouve dans l’écriture d’un thriller consiste à donner au lecteur suffisamment d’éléments pour qu’il puisse élaborer ses propres hypothèses, mais jamais assez pour qu’il puisse être totalement certain d’avoir raison. C’était particulièrement important dans LE BANC.

Les messages surpris par Élodie semblent parler d’un meurtre. Une femme évoque son mari avec une hostilité évidente. Un homme lui promet que "tout sera terminé" quelques jours plus tard. Ils parlent de leur avenir commun et prennent manifestement des précautions pour communiquer. Mais, Élodie n’a qu'une partie de la conversation et ignore presque tout de ceux qu’elle observe. Toute l’enquête naît donc d’une interprétation.

J’ai voulu conserver ce principe pendant une grande partie du roman. Chaque nouvel élément apporte une réponse, mais cette réponse soulève à son tour une autre question. Un détail qui semblait insignifiant devient important. Une piste apparemment prometteuse conduit ailleurs. Certains rapprochements sont justes, d’autres trompeurs, et plusieurs histoires qui paraissent indépendantes commencent progressivement à se rapprocher.

C’est une mécanique que j’aime particulièrement dans le thriller, parce qu’elle transforme le lecteur en enquêteur. Il ne se contente plus de suivre les personnages, il travaille avec eux, parfois contre eux, et essaie constamment d’avoir un temps d’avance.

Le Paris de 2020 comme élément de l’intrigue

L'action se déroule en juin 2020, dans un Paris qui commence à sortir du premier confinement lié à l'épidémie de Covid-19. Je ne voulais pas que cette période constitue seulement une indication de date ou un arrière-plan historique, elle devait participer directement à l’histoire. Les rues sont moins fréquentées, certains commerces fonctionnent encore difficilement, les habitudes ont changé et surtout, presque tout le monde porte un masque.

Pour Élodie, qui passe son temps à observer les visages et à interpréter les expressions, c’est un véritable cauchemar, mais pour un thriller, c’est une situation particulièrement intéressante. Comment reconnaître quelqu’un lorsque son visage est dissimulé derrière un masque, des lunettes et parfois une casquette ? Comment suivre deux inconnus dans une ville où les codes sociaux ont brusquement changé ? Comment être certain de retrouver la personne que l’on pense avoir aperçue quelques jours auparavant ?

Le masque possède alors une double fonction. Il appartient à la réalité de cette période, mais il devient également un instrument narratif. Il cache, brouille les identités et oblige Élodie à s’accrocher à d’autres détails : un vêtement, un logo, un pendentif, un sac, une silhouette. Autrement dit, tout ce qui devrait permettre de voir devient aussi ce qui empêche de savoir.

Deux enquêtes qui avancent en parallèle

Je souhaitais également que LE BANC ne repose pas sur une seule menace.

Pendant qu’Élodie tente de comprendre ce qu’elle a surpris dans le parc Monceau, la police parisienne recherche un tueur en série qui assassine des femmes dans l’ouest de la capitale. Le commandant Marc Valin et la capitaine Sarah Nguyen travaillent sur cette autre affaire, avec leurs méthodes, leurs contraintes et surtout une exigence qu’Élodie supporte difficilement : pour la police, une intuition ne suffit pas, il faut des faits.

Ces deux lignes narratives permettent de faire coexister deux formes d’enquête. D’un côté, l’enquête instinctive, désordonnée, parfois téméraire d’Élodie et Julien. Ils suivent des gens, observent, interprètent, échafaudent des hypothèses, et prennent régulièrement des risques qu’aucun policier raisonnable ne leur conseillerait de prendre. De l’autre, l’enquête professionnelle, dans laquelle chaque information doit être vérifiée, chaque rapprochement démontré et chaque suspect relié matériellement aux faits.

Les deux méthodes se heurtent, mais elles finissent également par se répondre, et surtout, le lecteur se demande inévitablement si ces deux histoires sont réellement indépendantes.

Introduire de l’humour sans casser la tension

Je ne voulais pas non plus écrire un thriller constamment sombre. Élodie et Julien m’ont permis d’introduire une forme d’humour qui tient essentiellement à leur personnalité et à leur manière de regarder le monde. Ils peuvent être au milieu d’une situation potentiellement dramatique et se retrouver à discuter d’un chien dans une poussette, d’un masque décoré de strass, d’un rendez-vous chez le coiffeur ou de la laideur d’une lampe vendue sur Internet.

Ces moments ont une fonction importante. Ils permettent d’abord aux personnages d’exister autrement que par l’enquête, mais ils rendent également les changements de tonalité beaucoup plus efficaces. Lorsque le danger devient véritablement sérieux, le contraste est plus brutal parce que le lecteur s’était habitué à suivre ces deux enquêteurs amateurs avec une certaine légèreté. Peu à peu, quelque chose change. Ce qui ressemblait presque à un jeu cesse d’en être un.

Regarder n’est pas comprendre

Derrière l’intrigue criminelle, LE BANC repose finalement sur une question qui m'intéresse beaucoup : Que savons-nous réellement de ce que nous voyons ?

Élodie observe énormément, elle remarque des détails que les autres ne voient pas. Elle possède même cette conviction assez dangereuse que regarder attentivement suffit parfois à comprendre. Mais voir et comprendre sont deux choses très différentes. On peut disposer d’un fait exact et en tirer une fausse conclusion. On peut observer un comportement étrange dont l’explication est parfaitement banale. À l’inverse, on peut également se trouver devant quelque chose de réellement inquiétant et ne pas parvenir à convaincre les autres parce qu’on ne possède encore aucune preuve.

Pour moi, c'est là que se trouve le véritable cœur du roman.

LE BANC parle bien sûr de crimes, de surveillance, d’enquête et de manipulation, mais il parle aussi de confiance. De celle que nous accordons aux autres, de celle que les autres nous accordent, et de ce moment particulièrement troublant où nos certitudes commencent à se fissurer, car le danger le plus inquiétant n’est peut-être pas toujours celui que l’on ne voit pas, mais souvent celui que l’on voit depuis longtemps sans avoir compris ce que l’on regardait.

Bruno Pacchiele © 2025. Tous droits réservés